Chantal TICHIT

Va te faire voir
Va te faire voir

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L’identité est en carte, demain en puce. Sexe, âge, origine, goût….

On nous somme de n’en pas sortir, on bride nos sens, on nous épingle et on nous étiquette, papillons en vitrine.

 

Certains s’en accommodent, Chantal Tichit s’y est blessée et a engagé, pour sa révolte et pour la notre, une douloureuse sortie de chrysalide qui est à l’origine de son œuvre.

 

Douloureuse, car, une fois ôtés les carcans et les armures, c’est bien de la peau, dernier rempart, qu’il faut se déshabiller, c’est bien la confusion des organes et des viscères qu’il faut brandir, pour déranger notre espace public en y incrustant des formes hybrides, cliniques et désirantes, propices à l’émergence d’identités complexes.

 

Depuis, pour Chantal Tichit, tous les moyens sont bons :

vêtements en charpies, étoffes délirantes, papiers cousus, guipures, sutures même, sur des blessures qu’elle vient d’ouvrir, fils, poids, arcs primitifs.

Une brocante organique.

Pour atteindre un équilibre distrait, une respiration des vides dans des constructions à hauteur d’homme qui tirent leurs forces de leurs fragilités.

Des sortes de machines pour tester les fantasmes et le sens de l’humour.

 

Chantal Tichit a un talent unique : restituer à notre corps défendant des souvenirs d’échassier, des songes de marionnette, des envies de mutant,

notre portrait bousculé par les anamorphoses. Tout un imaginaire endigué par les certitudes qu’engendrent les habitudes.

 

Il est urgent de se confronter au travail de Chantal Tichit et d’en subir les conséquences contagieuses.

 

Yvon Bohers